La légende d’Anzar

On raconte qu’autrefois, au temps où les animaux parlaient et où les Dieux avaient une forme humaine, Anzar, apparaissait après la pluie sous la forme d’un arc-en-ciel. Un jour après avoir immergé d’eau les villageois, il aperçut au loin, une belle jeune fille qui se baignait dans une petite rivière. Charmé et épris d’elle Anzar se jura de l’avoir comme compagne. En s’approchant d’elle, la jeune fille s’enfuit à toute allure, mais Anzar lui emboîta le pas, il la pria de bien vouloir le suivre dans le ciel, là où elle régnera avec lui, et partagera ses richesses et ses pouvoirs.
La jeune fille refusa son offre, elle préfére de loin la vie des mortelles, au faste des Dieux, ainsi offusqué Anzar se sentit indigné.

Furieux par son refus, Anzar, cria vengeance, ainsi le jour suivant, les villageois découvriront des rivières, des ruisseaux et des sources desséchées, le malheur était tombé, la mort était certaine, plus rien ne pouvait apaiser la colère d’Anzar.
Les villageois prièrent la jeune fille de céder aux envies d’Anzar afin d’apaiser sa colère et de le suivre dans son royaume. C’est ainsi que la jeune fille se sacrifia pour la survie des siens. Ainsi le roi de la pluie satisfait, la vie niormale reprit son cours. Telle est la légende d’Anzar, qu’on raconte jusqu’à maintenant.

Extrait de La montagne de Baya- La légende et le rite d’Anzar

La fiancée d’Anzar – Prose

« tel l’éclair j’ai fondu les cieux
o toi étoile parmi les étoiles
donne-moi le trésor qui est tien
ou je te priverai d’eau »

La jeune fille lui répondit :

«je te supplie, Seigneur de l’eau
au front couronné de corail
c’est à toi que je suis destinée
mais j’ai peur de la médisance »

Alors le seigneur de l’eau tourne sa bague, la rivière se tarit, la jeune fille se dépouille de sa robe de soie et, nue, s’adresse au ciel :

« ô Anzar, ô Anzar
o floraison des prairies
a la rivière rend sa source
tu recevras réparation »

A l’instant même,elle vit le Maitre de l’eau sous l’aspect d’un éclair immense.
Il serra contre lui la jeune fille:la rivière se remit à couler et toute la terre se couvrit de verdure.

Le rite d’Anzar

Le rite se présente comme une mise en scène de la légende d’Anzar. Une jeune fille prend le rôle de « tislit bb-wanzar » : ( la fiancée d’Anzar) toilette et parure dues à une mariée, accompagnée d’un cortége nuptiale. Elle tient dans sa main « aghenja » (une louche) et la procession chante des invocations a Anzar, le roi de la pluie, tout en quêtant de porte à porte. On reçoit alors semoule, viande, graisse, oignons etc…Arrivé dans un sanctuaire, le cortège s’arrête et les femmes préparent un repas cérémonial avec ce qui a été rassemblé. Tous les accompagnateurs y prennent part. Puis la « qibla », la voyante guérisseuse du village, dénude la fiancée, l’enveloppe dans un filet à fourrage, puis lui fait faire sept fois le tour du sanctuaire tenant la louche en main de façon à avoir la tête de la louche en avant comme si elle demandait de l’eau, tout en répétant : « ay at aman awit-d aman, nefka tarwiht i i t yevghan » Ô gens de l’eau, donnez de l’eau, nous donnons la vie a qui la veut. Entres autres chants, la fiancée répète une incantation qui commence ainsi : « nekk d tmurt ttakniwin » Moi et la terre sommes co-épouses.
Après plusieurs chants entonnés par les femmes, les jeunes filles se livrent au jeu de « zerzari », appelé ailleurs « lkura », la balle. Munies chacune d’un bâton, elles se disputent la balle afin de la faire tomber dans le trou dédié a la recevoir.

Lorsque les jeunes filles mettent la balle dans le trou, elles chantent : « Agellid yersed ar lqa3a, tislit tsebbed terda » le Roi est descendu vers le sol, la fiancée s’est soumise et a consenti
Rite effectué dans la vallée du haut Sebaou chez les Ath Ziki dans les années 70 – Source : « Un rite d’obtention de la pluie » H. Genevois

A propos d’Anzar :

Les rituels associés à la légende d’Anzar ont évolué dans leur état originel avec la venue de l’islam et ont été peu à peu substitué par un rite purement islamique qui s’appelle « El salat el Istiqa », « la prière de l’eau »… Néanmoins certaines formes anciennes du rite d’Anzar perdurent encore aujourd’hui en Afrique du nord sous des variantes différentes selon les régions, notamment en kabylie, et ainsi pratiqué autrefois dans la casbah d’Alger (appellé « Boughendja », « celui qui a la louche ») pendant les année 50 & 60…

Aujourd’hui on peut entendre en ces temps de sècheresse, les femmes dire : « Il ne manque plus que les louches et les cuillères que nous n’avons pas remplies d’eau … » Peut être subsiste-t-il dans l’inconscient de ses femmes des notions du rite d’Anzar sans le savoir ?

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