Lla Fatma N’Soumer

Née vers 1830, Fatma Si Ahmed Oumeziane appartient à une grande famille maraboutique du village Ouerdja situé entre Ain El Hemmam (Michelet) et le Col de Tirourda. Ayant renoncé aux joies de la vie et au bonheur d’un foyer conjugal, Fatma, dont le patronyme “Soumer” fut adopté après sa résistance face à l’ennemi français (1857), choisit la voie de Dieu et s’impose dans le monde politico-religieux du XIXème siècle jusque-là réservé aux hommes.

De Tamnafeqt, révoltée car très tôt en rebellion contre l’autorité familiale, Lalla Werja (expression réservée à toute femme qui refuse de se plier aux us et coutumes et préfère la réflexion aux tâches manuelles) accède bientôt au grade de sainte respectée, crainte et visitée. C’est ainsi qu’à la veille de l’une des plus sanglantes insurrections kabyles contre l’occupant français, elle fit une révélation surprenante pour l’époque :

“La nuit quand je m’étends pour me reposer, mon sommeil est traversé de visions effrayantes. Au milieu d’un épais brouillard, je distingue une nuée de guerriers farouches et bien armés. Ils se dirigent vers nous en trainant derrière eux un matériel important et meurtrier. Ils s’avancent, résolus à nous réduire en esclavage. Nous devons nous préparer à la guerre et leur barrer la route de nos montagnes avant qu’il ne soit trop tard. Parcourez les tribus, invitez les habitants à s’unir et à se mettre en état de résister à l’invasion. Pour nos biens, pour nos champs, pour nos foyers et notre bonheur, nous devons consentir le sacrifice suprême. Partez ! soyez diligents car le temps presse.”

1849 marque son entrée effective dans la résistance aux côtés de Si Mohamed El Hachemi, un fidèle de Bou Maaza dont l’opposition armée face aux troupes de Bugeaud remonte à 1845.
Puis en 1850, elle soutient le soulèvement de Bou Beghla venu des Babors. L’assemblée de Soumer, Tjmaat, délègue Fatma et son frère Sidi Tahar, pour diriger les Imsebblen ( Un Imsebbel/ pluriel Imsebbeln sont les volontaires recrutés en période de conflit pour défendre un ennemi étranger.)

Ce n’est qu’en 1857 qu’un traitre permit au capitaine Ferchaut de la capturer et de la livrer au Maréchal Randon. Celui-ci convoqua ses officiers et un détachement de soldats afin de rendre les honneurs militaires à la courageuse femme avant de l’enfermer.
-Messieurs, cria-t-il au garde-à-vous, j’ai l’honneur de vous présenter “la Jeanne d’Arc” du Djurdjura.

Eloignée des siens, elle fut emprisonnée dans la zaouia des Beni Slimane à Tablat, entre Médéa et Aumale, où elle décède en 1863 à l’âge de trente et un ans. Sa tombe demeura longtemps un lieu de pèlerinage pour les habitants de la région avant que les autorités algériennes ne transfèrent les restes de sa dépouille au carré des martyrs de la Révolution à Alger et ne lui reconnaissent ainsi le statut de résistante nationale en 1995.

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